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Félicie Ganche (Besançon, 26 mars 1853 - Rennes, 30 juillet 1903) [1]

Née à Besançon (Doubs), le 26 mars 1853, Félicie, Fanny, Isabelle Patourel a épousé Auguste Ganche à Rennes (Ille-et-Vilaine) le 19 février 1879. Elle a alors vécu à Baulon où leur fils Édouard est né en 1880.
On ignore largement ce que fut sa vie. Tout au plus sait-on qu'elle était rentière et qu'Édouard Ganche lui doit vraisemblablement son éveil musical.
Édouard Ganche parle peu de sa mère dans ses mémoires qui sont essentiellement consacrées à la figure de son père. Il l'évoque brièvement à propos de fréquents voyages à Rennes en sa compagnie pour aller rendre visite au père de Félicie, Édouard Patourel, chez qui ils passent la nuit tandis que le docteur Ganche reste à Baulon pour visiter ses malades.

Dans ce court chapitre, Édouard Ganche évoque néanmoins plus longuement un incident qui la met directement en scène:

Je n’avais guère plus de neuf ans, quand il m’advint de remplacer le docteur Ganche comme médecin. C’était en été. Dans une matinée splendide régnait une atmosphère étouffante. Mon père était parti visiter ses malades. Je restais à la maison, dans notre chambre au premier étage, avec ma mère et le jeune domestique occupé à faire les lits. Soudain, je vis ma mère s’appuyer d’une main sur un meuble et fermer les yeux. Son visage était pâle. «Je me sens mal», dit-elle. D’un bond, je sautai dans un fauteuil Voltaire et le roulai avec vivacité derrière ma mère qui tomba sans connaissance entre ses bras.
«Syncope», dis-je. Et pour le domestique effrayé, j’ajoutai: «En bas, vite, éther, vinaigre». Ce garçon dégringola l’escalier pour gagner la pharmacie et, en vingt secondes il apporta les liquides médicaux. Pendant ce temps, j’avais ouvert les fenêtres. Ensuite, sur le parquet, nous étendîmes ma mère et je lui fis des inhalations alternées d’éther et de vinaigre dont je frictionnai son front et ses tempes. Elle reprit ses esprits et parut stupéfaite de sa position. «Ça va bien, sois tranquille», énonçai-je. «Maintenant, au lit, c’est tout ce que tu peux faire. Il est onze heures. Je te préparerai quelque chose pour midi».
Mon ton était si impératif que ma mère se coucha sans mot dire. J’allai m’enfermer dans la cuisine et à l’heure dite, je présentai à la malade un flan d’œufs (1) fait par moi seul. Et je dis à ma mère en l’embrassant: «Tu n’auras, pour déjeuner, que cette petite crème».
[2]

(1) Œufs au lait, appelés en Bretagne: flan d’œufs.

La personnalité de Félicie Ganche transparaît également au fil des pages, notamment à l'occasion de scènes où on la voit intervenir auprès de son époux en faveur de malades que le docteur Ganche, très sollicité, refuse dans un premier temps d'aller ausculter:

Un confrère avait un fermier, dont le fils, âgé de dix-sept ans, était malade de la fièvre typhoïde. Quand le père apprit de son propriétaire et médecin, que le jeune homme était dans un état désespéré, qu'il n'y avait plus rien à tenter, il vint chercher le docteur Ganche. Celui-ci refusa de se rendre chez le client et locataire de son collègue. À son tour, la mère du typhique accourut supplier Mme Ganche d'intervenir. Mon père s'entêta davantage dans son refus.
«Aie pitié de ces pauvres gens qui mettent leur dernier espoir en toi», disait ma mère.
«Ils ont trouvé bon de s'adresser à mon confrère, qu'ils le gardent», ripostait mon père. «Et puis, que veux-tu que j'aille faire là? Si ce garçon est perdu, je ne le guérirai pas».
«Ce n'est pas certain», insistait ma mère. Donne au moins à ceux qui voient leur fils mourir, la consolation ultime de ton assistance».
La dispute dura une heure. Le docteur Ganche finit par déférer aux raisons de sa femme, et furieux, pestant, il se rendit au chevet du malade condamné. Et quelques jours plus tard, ce mourant était hors de danger.
[3]

À plusieurs reprises, on voit Félicie Ganche encourager son mari, insister, le «supplier» parfois -- selon l'expression employée par Édouard Ganche -- souvent avec succès. Ainsi, le jour où le docteur Ganche s'avoue incapable d'ausculter une malade en raison de la puanteur insupportable qu'elle exhale, Félicie Ganche lui demande avec insistance de retourner auprès de sa patiente, de ne pas montrer son dégoût, et elle lui conseille de «régler sa respiration comme un plongeur, en s'approchant et en s'éloignant». Souvent, Félicie Ganche s'inquiète de voir son mari cesser de visiter des malades qu'il juge condamnés. Lorsque le docteur Ganche lui-même est sur le point de mourir, elle lui demande: «Pourquoi ne t'es-tu pas soigné?» Il lui répond, comme il l'a souvent fait à propos de ses patients atteints de maladies incurables: «Parce que c'était inutile.»[4]

Félicie Ganche est décédée à Rennes, 10 rue des Fossés, le 30 juillet 1903 à 20h45, à l'âge de 50 ans et 4 mois. À cette époque, elle avait déjà perdu ses deux parents. L'entrefilet paru dans L'Événement Rennais n°8 du vendredi 7 août 1903, revue dont Édouard Ganche était secrétaire de la direction, évoque une «longue et douloureuse maladie». Ci-dessous: l'entrefilet, suivi de l'avis de décès.


Notes:
1. État-civil de Rennes, acte n°1023, cote 4E112 vues 149 et 150.
2. Mon début dans la médecine, Denoël et Steele, 1936, p.74-76.
3. Mon début dans la médecine, Denoël et Steele, 1936, p.81-83.
3. Mon début dans la médecine, Denoël et Steele, 1936, p.125.

Sources:
Édouard Ganche, Mon début dans la médecine. Un médecin de campagne en 1889, Denoël et Steele, 1936, 136 p

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