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Le docteur Auguste Ganche. Photo. D.R. |
Auguste Ganche (Rennes, 16 décembre 1850 - Baulon, 21 juin 1893) [1]
Natif de Rennes, le père d'Édouard
Ganche vint s'installer vers 1877 à Baulon, petit bourg d'Ille-et-Vilaine,
en compagnie de son épouse Félicie Patourel, afin d'y exercer la médecine. La clientèle du
docteur Ganche se composa dès lors essentiellement de paysans qui appréciaient
la simplicité de ce praticien au caractère égal et
louaient la sûreté de son diagnostic. Ils admiraient aussi
l'endurance de ce marcheur infatigable qui effectuait invariablement ses
visites à pied, sac en bandoulière, un bâton de buis
à la main.
Édouard Ganche décrit ainsi celui qu'il appelle le plus souvent dans ses mémoires «le docteur Ganche»: C'était un homme de moyenne taille [...]. Il portait des cheveux châtain clair rejetés en arrière, une barbe rousse peu longue; ses yeux étaient mats, son nez haut et fort sans exagération; son visage impassible n'était jamais changé par un sourire.[3] De caractère silencieux et bourru, il était rude dans ses façons quoique sans volonté dans sa vie domestique. Il fumait, il buvait sec, était indifférent au gain et n'avait qu'une qualité marquante, celle d'un praticien émérite par une aptitude spéciale pour la médecine et une remarquable sûreté dans le diagnostic. Sa réputation de médecin dépassa vite la commune et les malades venaient le voir ou l'appelaient de trente kilomètres à la ronde. [...] Accompagné de son chien de Terre-Neuve, tenant dans la main gauche une lanterne d'un bien faible éclairage, à la main droite son habituel bâton de buis, il s'enfonçait dans la nuit pluvieuse ou glacée, traversait la forêt, marchait longtemps dans l'obscurité souvent sinistre et par les bas-chemins tortueux et toujours déserts, sans jamais avoir peur, sans jamais trouver ces obligations lourdes ni terribles.[4]Dès l'âge de sept ans, Édouard Ganche commença à assister son père dans toutes sortes de tâches annexes. C'est à cette époque qu'il conçut pour la chose médicale une passion qui ne le quitta plus jamais.[5] Le jeune garçon qu'il était alors concevait l'existence comme une grande et constante bataille dans laquelle le médecin était «un combattant chargé d'affronter un ennemi pernicieux ou mortel, et de le soumettre ou de le détruire.»[6] Et ce combattant, il en avait le vivant modèle sous les yeux. Édouard Ganche reste assez vague sur les raisons de la mort prématurée
de son père. Les rares symptômes décrits peuvent laisser
supposer que le docteur Ganche succomba à un cancer, mais peut-être
aussi à la tuberculose.
En 1913, dans sa nouvelle «La Mort du médecin»,[9]
Édouard Ganche se met en scène, enfant, en compagnie de son
père, sur les bas-chemins de sa campagne natale. Il emploie pour
cela les mots mêmes dont il usera une vingtaine d'années plus
tard pour décrire des scènes analogues dans Mon
début dans la médecine. Au terme d'une marche nocturne
éprouvante, en pleine tempête, le médecin trouve toutefois
dans ce récit une mort violente, bien différente de celle
que connut en réalité le docteur Ganche.
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