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Auguste Ganche (1853-1893)

Le docteur Auguste Ganche.
Photo. D.R.
Auguste Ganche (Rennes, 16 décembre 1850 - Baulon, 21 juin 1893) [1]

Natif de Rennes, le père d'Édouard Ganche vint s'installer vers 1877 à Baulon, petit bourg d'Ille-et-Vilaine, afin d'y exercer la médecine. Il épousa Félicie Patourel (1853-1903) deux ans plus tard.

À Baulon, la clientèle du docteur Ganche se composait  essentiellement de paysans qui appréciaient la simplicité de ce praticien au caractère égal et louaient la sûreté de son diagnostic. Ils admiraient aussi l'endurance de ce marcheur infatigable qui effectuait invariablement ses visites à pied, sac en bandoulière, un bâton de buis à la main.
Dès que son fils eût atteint l'âge de raison, le docteur Ganche n'hésita pas à l'emmener avec lui, lorsque l'occasion se présentait, afin de rompre la solitude de ses longues tournées. Peut-être espérait-t-il aussi l'encourager à embrasser la carrière médicale,[2] ce en quoi il réussit pleinement, même s'il n'ignorait pas que son épouse avait, de son côté, entrepris de lui faire aimer la musique.

Édouard Ganche décrit ainsi celui qu'il appelle le plus souvent dans ses mémoires «le docteur Ganche»:

C'était un homme de moyenne taille [...]. Il portait des cheveux châtain clair rejetés en arrière, une barbe rousse peu longue; ses yeux étaient mats, son nez haut et fort sans exagération; son visage impassible n'était jamais changé par un sourire.[3] De caractère silencieux et bourru, il était rude dans ses façons quoique sans volonté dans sa vie domestique. Il fumait, il buvait sec, était indifférent au gain et n'avait qu'une qualité marquante, celle d'un praticien émérite par une aptitude spéciale pour la médecine et une remarquable sûreté dans le diagnostic. Sa réputation de médecin dépassa vite la commune et les malades venaient le voir ou l'appelaient de trente kilomètres à la ronde. [...] Accompagné de son chien de Terre-Neuve, tenant dans la main gauche une lanterne d'un bien faible éclairage, à la main droite son habituel bâton de buis, il s'enfonçait dans la nuit pluvieuse ou glacée, traversait la forêt, marchait longtemps dans l'obscurité souvent sinistre et par les bas-chemins tortueux et toujours déserts, sans jamais avoir peur, sans jamais trouver ces obligations lourdes ni terribles.[4]
Dès l'âge de sept ans, Édouard Ganche commença à assister son père dans toutes sortes de tâches annexes. C'est à cette époque qu'il conçut pour la chose médicale une passion qui ne le quitta plus jamais.[5] Le jeune garçon qu'il était alors concevait l'existence comme une grande et constante bataille dans laquelle le médecin était «un combattant chargé d'affronter un ennemi pernicieux ou mortel, et de le soumettre ou de le détruire.»[6] Et ce combattant, il en avait le vivant modèle sous les yeux. 

Édouard Ganche reste assez vague sur les raisons de la mort prématurée de son père. Les rares symptômes décrits peuvent laisser supposer que le docteur Ganche succomba à un cancer, mais peut-être aussi à la tuberculose.
La disparition de son père, alors qu'il n'avait lui-même que 12 ans, marqua profondément et durablement Édouard Ganche.[7] Elle détermina vraisemblablement son athéisme et ce «mépris pour les croyances humaines, pour les artifices captateurs et vains de nos mentalités» dont nous parle le narrateur de sa nouvelle «L'agonie».[8]

En 1913, dans sa nouvelle «La Mort du médecin»,[9] Édouard Ganche se met en scène, enfant, en compagnie de son père, sur les bas-chemins de sa campagne natale. Il emploie pour cela les mots mêmes dont il usera une vingtaine d'années plus tard pour décrire des scènes analogues dans Mon début dans la médecine. Au terme d'une marche nocturne éprouvante, en pleine tempête, le médecin trouve toutefois dans ce récit une mort violente, bien différente de celle que connut en réalité le docteur Ganche.
 
Notes:
1. L'année de naissance d'Auguste Ganche est bien 1850, comme le confirme l'état-civil de Rennes et non 1853, comme indiqué à tort en note dans Mon début dans la médecine, p.11. Il s'agit d'une coquille qu'Édouard Ganche avait corrigée sur les épreuves d'imprimerie (conservées à la BnF sous la cote VMD-3309 A), mais l'erreur figure néanmoins sur le tirage définitif.
2. «"Vous en ferez un médecin, n'est-ce pas?" "Sûrement, répondait mon père, il en sait déjà trop long."» Mon début dans la médecine, p.54.
3. Selon sa propre expression, le docteur Ganche riait «en dedans». Mon début dans la médecine, p.62.
4. Mon début dans la médecine, p. 11-12, 65.
5. Jusqu'à sa propre mort il poursuivit des recherches personnelles sur des sujets aussi divers que les affections respiratoires ou l'éducation sexuelle.
6. Mon début dans la médecine, p.119.
7. «[...] j'enterrais un passé sans résurrection possible, et le premier feu de mon âme, et toutes mes espérances.» Mon début dans la médecine, p. 131.
8. «L'agonie», Le Livre de la Mort, p.112.
9. «La mort du médecin», La Vie Mystérieuse n°102, mars 1913.
Sources:
Édouard Ganche, Le Livre de la Mort, Société des auteurs-éditeurs, 1909, 254 p.
Édouard Ganche, Mon début dans la médecine. Un médecin de campagne en 1889, Denoël et Steele, 1936, 136 p.

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