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La collection Chopin d'Édouard Ganche

À partir des années 1910, Édouard Ganche consacre la majeure partie de ses activités à Frédéric Chopin. Il rassemble de nombreux documents dans le cadre de la rédaction de ses essais et est amené à rencontrer des amateurs de Chopin qui ont parfois connu des proches du compositeur. Dès les années 1910, il entre ainsi en contact avec
Anne D. Houstoun, petite-nièce de Jane Stirling (1804-1859), l'une des dernières élèves de Chopin. En 1916, il a également la grande joie de s'entretenir avec Marie Roubaud de Cournand (1822-1916), la toute dernière élève de Chopin, là même où le compositeur lui dispensait ses leçons. Petit à petit, peut-être sans l'avoir réellement prémédité, il va se retrouver à la tête d'une collection unique au monde composée de partitions rares, de manuscrits originaux, d'objets ayant appartenu à Chopin, de gravures, de tableaux, de reproductions, de médailles, de sculptures et d'un piano Pleyel joué par le compositeur lors de son séjour en Écosse en 1848 chez Jane Stirling. À cela viendront s'ajouter des commandes personnelles réalisées par des artistes contemporains. Quant à la pièce maîtresse de cette collection, elle a été offerte à Édouard Ganche, ainsi que beaucoup d'autres, par Anne D. Houstoun. Il s'agit de sept volumes reliés contenant la quasi totalité de l'œuvre de Chopin dans l'édition françaises, annotée par Chopin lui-même et par Jane Stirling. Cette édition, léguée par Jane Stirling à Anne D. Houstoun, servit à Édouard Ganche pour établir l'Édition monumentale des œuvres de Frédéric Chopin qu'il dirigea pour Oxford University Press de 1928 à 1932. La Bibliothèque nationale de France en a fait paraître une remarquable édition en facsimilé sous la direction de Jean-Michel Nectoux (référence en fin d'article).
Édouard Ganche va consacrer une grande part de sa fortune à l'achat de ces objets, mais d'autres lui seront offerts, comme nous venons de le voir, par des particuliers qui considèrent que ce jeune enthousiaste qui vient de créer la Société Chopin va enfin rendre au compositeur la place qu'il mérite au panthéon de la musique.

Le catalogue complet de la collection d'Édouard Ganche, telle qu'elle existait à la fin des années 1930, est conservé avec l'ensemble de ses archives personnelles par le département Musique de la Bibliothèque nationale de France. Jean
-Michel Nectoux et Jean-Jacques Eigeldinger ont donné un aperçu des plus belles pièces dans leur article «Édouard Ganche et sa collection Chopin», Revue de la Bibliothèque Nationale n°7 (références en fin d'article). Nous nous bornons ici à illustrer un court extrait de ce catalogue, complémentaire de cet article sur certains points quant à l'iconographie.
Les manuscrits et les imprimés provenant de la collection d'Édouard Ganche sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque Jagellonne de Cracovie. Les tableaux et les sculptures, ainsi que le piano, se trouvent au Musée de l’Université Jagellonne.


Ci-dessus, à gauche: Portrait de Chopin par Franz Xaver Winterhalter (1805-1873), 1847. Crayon. 22,8 x 29,5 cm. Commandé par Jane Stirling. Reçu en 1923 d'Anne D. Houstoun.
Musée de l’Université Jagellonne.

Au milieu: Vitrine où Édouard Ganche conservait ses pièces les plus précieuses. On voit notamment certains objets décrits ci-dessous: la carafe et à sa droite le petit brûle-parfum, le moulages de la main gauche de Chopin et le marbre par
Auguste Clésinger. Au centre, dans un cadre noir, le faire-part des obsèques de Chopin avec une mèche de ses cheveux.

À droite:
Portrait de Chopin par Ary Scheffer (1795-1858), c. 1847.




Ci-dessus, à gauche: Masque mortuaire de Chopin réalisés par Auguste Clésinger (1814-1883), le jour de la mort du compositeur. Il ne figure ici qu'à titre d'illustration, Édouard Ganche n'ayant possédé que le marbre (au milieu).

Au milieu: Tête de Chopin sur son lit de mort, par Auguste Clésinger, 1850. Sculpture sur marbre réalisée d'après le moulage en plâtre (à gauche). Édouard Ganche possédait l'original, reçu de Jane Zimmer, fille de T.D.A. Tellefsen à qui Jane Stirling l'avait légué, et une copie en plâtre reçue de Anne D. Houstoun.
Musée de l’Université Jagellonne.

À droite: Main gauche de Chopin
, par Auguste Clésinger, 1850. Sculpture sur marbre réalisée d'après un moulage en plâtre.




Ci-dessus, à gauche: Chopin sur son lit de mort, par Albert Graefle (1807-1889), 1849.

À droite:
Chopin sur son lit de mort, par Teofil Kwiatkowski (1809-1891), esquisse, 1849.




Ci-dessus, à gauche: Profil de Chopin par Antoine Bovy, 1847. Médaillon en plâtre, 10,5 cm. Exemplaire ayant appartenu à Chopin. Reçu en 1914 d'Anne D. Houstoun. Musée de l’Université Jagellonne.

Au milieu:
Profil de Chopin par Auguste Clésinger, 1849. Moulage en plâtre du médaillon en marbre figurant sur la tombe de Chopin au cimetière du Père Lachaise. Musée de l’Université Jagellonne.

À droite:
Profil de George Sand par David d'Angers, 1833. Médaillon en plâtre, 17 cm. Musée de l’Université Jagellonne.



Ci-dessus, à gauche: Carafe en verre rose de Bohême (XIXe s.) Détruite en 1945, à l'exception du bouchon. Don de la princesse Marcelina Czartoryska à Chopin. Musée de l’Université Jagellonne.

Au milieu:
Cachet de Chopin: 3 C en forme de cors entrelacés. Musée de l’Université Jagellonne.

À droite:
Petit brûle-parfum en argent (fin XVIIIe s.). Chopin le plaçait généralement sur sa table de nuit. Musée de l’Université Jagellonne.





Ci-dessus, Marthe Bouvaist-Ganche pose devant le piano Pleyel. Cette photographie a été prise 5 rue Royale à Lyon, vers la fin des années 1930. Au mur, on aperçoit à gauche une reproduction du Profil de Dante d'après le masque de Chopin, par Delacroix, et à droite un portrait de Jane Stirling par Devéria (voir ci-contre).
Photo. collection Alexandre Boritch de Kisselev.

Lors de sa tournée de concerts en Grande-Bretagne, en 1848, Chopin avait séjourné en Écosse dans la famille de Jane Stirling, à qui il avait donné des cours à Paris quelques années auparavant. Il avait joué à plusieurs reprises sur ce piano, lui conférant une valeur inestimable aux yeux de Jane Stirling qui s'était prise d'une passion platonique mais absolue pour le maître et l'entourait d'une attention de tous les instants. Elle le suivit ensuite à Paris où elle l'aida jusqu'à son décès, l'année suivante, allant jusqu'à racheter ses biens, mis aux enchères, pour éviter leur dispersion. Elle conserva ce piano jusqu'à sa mort.


Ci-dessus, à gauche: Le piano.

À droite:
Portrait de Jane Stirling en compagnie de la jeune Fanny Elgin (future Lady Bruce) par Achille Devéria (1800-1857). Lithographie, 18 x 10,5 cm. Édouard Ganche l'avait accroché au mur, près du piano.


Ce piano à queue Pleyel en bois de rose incrusté de filets de cuivre, acheté à Paris par Jane Stirling le 15 novembre 1847 pour le somme de 2500 francs or, porte le n°13823. On peut voir à l'intérieur une signature à l'encre: «Frédéric Chopin, 15 novembre 1848». Édouard Ganche le reçu d'Anne D. Houstoun le 30 juillet 1927. Récemment restauré, il se trouve aujourd'hui au musée de l'Université Jagellonne de Cracovie aux cotés du piano Pleyel n°13716 acheté par la Comtesse Potocka sur les conseils de Chopin le 7 février 1848. À la suite d'une confusion, sans doute, ce Pleyel n°13716 a longtemps été présenté à tort à Cracovie comme étant le piano de Jane Stirling. Cette erreur est aujourd'hui réparée.

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La vente de la collection

Au début des années 1930, Édouard Ganche songe à fonder un musée Chopin à partir de sa collection: il a, déjà, le souci d'éviter une possible dispersion de cette collection après sa mort. L'idée d'un musée dont sa collection constituerait l'élément fondateur, et que viendraient enrichir de futures acquisitions, lui est venue en visitant Bayreuth, où un véritable culte est rendu à Wagner. Il tente vainement d'obtenir le soutien de l'État pour la constitution d'une exposition permanente de sa collection à Paris.
Il confie un temps la vente au libraire viennois Heinrich Hinterberger (1892-1970), spécialisé dans les éditions rares et les manuscrits originaux, lequel, en 1934, édite et diffuse sous la forme d'une brochure reliée en cuir le catalogue de la collection. Proposée à un prix trop élevée pour les acheteurs potentiels (2 millions de francs), celle-ci ne trouve pas preneur. Édouard Ganche entreprend alors personnellement une série de négociations avec diverses villes et institutions en Suisse (Propriété Barton de Lausanne), Belgique, États-Unis, France et Pologne (Institut Frédéric Chopin de Varsovie) à deux reprises, en 1934 puis en 1937. Dans l'extrait de lettre qui suit, il expose son projet et précise ses motivations:
Comme suite à notre entretien du 30 mars, j'ai l'honneur de vous adresser ci-joint le catalogue et quelques photographies de la Collection Frédéric Chopin qui est unique au monde et présente un caractère national pour la Pologne en raison de la mémoire illustre du grand Polonais qui est vénéré dans tous les pays et dont l'influence sur les esprits ne cesse d'augmenter. Si cette collection était dispersée dans une vente, il serait impossible de jamais la réunir. Présentée dans un musée officiel, elle recevrait de nombreux dons et s'enrichirait rapidement. Elle constituerait surtout un point d'attraction considérable pour le tourisme, et il n'est pas douteux qu'une publicité adroite amènerait des voyageurs de toutes les parties du monde vers le Musée Frédéric Chopin. Sa renommée dépasserait cent mille fois celle de Bayreuth pour Wagner, ou celle de Stratford on Avon, pour Shakespeare, lieux de pèlerinage.[1]
Édouard Ganche revoit plusieurs fois à la baisse son estimation de la collection qui passe successivement de 2.000.000 Francs en 1934 à 1.500.000 Francs en 1938 puis à 1.200.000 Francs en 1939. Peine perdue: la situation internationale n'incite pas à la dépense. La guerre, puis l'occupation mettent un terme provisoire à ses tentatives.

Enfin, le 17 avril 1942,
le libraire et antiquaire parisien Robert Legouix,[2] spécialisé dans la musique et notamment dans les partitions originales, rend visite à Édouard Ganche à Lyon. À l'issue d'un entretien entre les deux hommes, Robert Legouix se trouve chargé de la vente.[3] Bientôt, il annonce à Édouard Ganche avoir trouvé un acquéreur potentiel. Curieusement, durant plusieurs mois, il refusera de révéler l'identité de cet acquéreur, arguant de la confidentialité des négociations préalables.

Robert Legouix a en fait proposé la collection au professeur Georg Schünemann (1884-1945), directeur du département Musique de la Bibliothèque d’état de Prusse à Berlin. Celui-ci fait alors office d'expert auprès de plusieurs institutions allemandes qui achètent depuis quelque temps à travers toute l'Europe occupée, souvent à des prix relativement faibles, de nombreuses collections privées mises en vente par leurs propriétaires afin d'assurer leur subsistance. Georg Schünemann se dit intéressé par l'offre de 50.000 Marks que lui fait Robert Legouix. Toutefois, seuls deux manuscrits de Chopin l'intéressent et il suggère au Ministère allemand de l’Éducation nationale et de la Propagande de demander à Hans Frank (1900-1946), gouverneur général de Pologne,[4] d'acquérir de son côté le reste de la collection d'Édouard Ganche. C'est chose faite le 29 mai 1942. Hans Frank accepte, ce qui ne manque pas d'étonner, car à cette époque le régime Nazi, vainqueur sur tous les fronts, n'a aucune raison de se concilier les faveurs du peuple polonais en consacrant un musée à son héros national, d'autant que la politique officielle est d'annihiler la culture polonaise, de fermer les écoles supérieures et les universités et de faire du peuple polonais un peuple d'ouvriers et de paysans au service du Reich. De ce point de vue, la décision de Hans Frank demeure une énigme.
L'achat est confié à Gustav Abb (1886-1945), membre influent du NSDAP (il est l'un des premiers bibliothécaires allemands à l'avoir rejoint), ancien
directeur de la Bibliothèque Universitaire à Berlin, et récemment promu à la tête de la Bibliothèque Jagellonne de Cracovie. C'est Hermann Fuchs, bibliothécaire détaché à Paris à la Section de la protection des bibliothèques auprès de l’état-major du Commandant militaire en France, qui le réprésentera en France et sera chargé de régler les détails de la transaction, mais c'est bien Abb en personne qui viendra signer l'acte de vente. Durant plusieurs mois encore, Seul Robert Legouix sera au courant de l'identité réelle des acheteurs.


Ci-dessus, à gauche: Georg Schünemann (1884-1945). Musée d'ethnographie de Berlin.

À droite:
Hans Frank (1900-1946). Archives fédérales d'Allemagne, réf. 121-0270.


Dimanche 15 novembre 1942, à 18h00, Robert Legouix révèle enfin à Édouard Ganche qu'il y a en réalité plusieurs acheteurs et qu'ils sont allemands. Édouard Ganche dit avoir violemment réagi à cette nouvelle.
Lundi 16 novembre, à 11h00, Robert Legouix révèle à Édouard Ganche l'identité des acheteurs et la somme convenue. Édouard Ganche affirme (mais rien ne permet de le prouver), que Robert Legouix impose de sa propre initiative un prix de vente de 1.200.000 Francs et se réserve une commission de 300.000 Francs, et demande en outre une option de 3 mois sur la vente.
Selon Édouard Ganche, qui dit avoir dans un premier temps refusé l'offre et s'être déclaré indigné d'apprendre si tardivement l'identité des acheteurs, Robert Legouix met en avant les nombreux frais occasionnés par ses démarches et finit par menacer à mots couverts Édouard Ganche de réquisition, déclarant que les Allemands lui intenteront un procès s'il persiste à refuser. Édouard Ganche, selon ses termes, le saisit par le bras et le met à la porte (il n'existe a priori aucun témoin de cette scène).
Mardi 17 novembre 1942, à 9h00, Robert Legouix a une nouvelle entrevue à avec Édouard Ganche aux termes de laquelle il affirme, selon Édouard Ganche, que si ce dernier s'entête, sa collection sera enlevée de force. La seconde occupation de Lyon est effective depuis quelques jours et la déclaration n'est pas sans effet sur Édouard Ganche. Gustav Abb, administrateur civil, avait-il l'intention de procéder de la sorte en cas de refus de sa part, et disposait-il seulement des appuis nécessaires pour cela? On peut peut-être en douter, mais la menace, compte tenu du contexte, porte ses fruits. La transaction a finalement lieu dans les heures qui suivent et concerne l'ensemble de la collection, la Bibliothèque Nationale allemande ayant entre temps renoncé à acheter les manuscrits initialement convoités. Arguant des engagements pris avec Oxford University Press, Édouard Ganche conserve toutefois les partitions annotées par Chopin qui devaient initialement faire partie de la vente.
L'acte de vente est signé par Édouard Ganche, Gustav Abb, Gustave Legouix et Georg Schünemann.


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Épilogue

Au cours des mois qui suivent, Gustav Abb entreprend d'organiser une exposition permanente consacrée à Chopin dans les locaux de la Bibliothèque Jagellonne. La collection d'Édouard Ganche en constitue l'essentiel, complétée par des éléments provenant notamment de la Bibliothèque Nationale de Pologne, à Varsovie, et de la Bibliothèque Czartoryski de Cracovie, et par des éléments initialement présents à la Bibliothèque Jagellonne.
Gustav Abb, transforme l'une des salles de la bibliothèque en une sorte salon français de style Louis XVII dont il veut l'ambiance «intime et raffinée». Le piano Pleyel joué par Chopin en occupe le centre et les objets ayant appartenus par Chopin sont réunis dans la vitrine même qui les abritaient dans l'appartement d'Édouard Ganche. On voit au mur une gravure de Clésinger représentant Jane Stirling et qui, quelques mois auparavant, était accrochée au-dessus du piano Pleyel, au 5 rue Royale, l'appartement d'Édouard Ganche et de son épouse à Lyon. Édouard Ganche ayant refusé de prêter les partitions annotées à Gustav Abb, qui souhaitait en disposer durant 4 semaines dans le cadre de l'exposition celui-ci a pris soin de mettre en évidence le mansucrit des 24 préludes de Chopin, acheté en 1942 par la Bibiothèque Nationale de Varsovie, ainsi que des manuscrits de Jozef Elsner, le maître de musique de Chopin.

L'exposition est inaugurée le 27 octobre 1943 par Hans Frank en personne, sous la conduite de Gustav Abb. Georg Schünemann est chargé du discours inaugural. Il s'efforce d'insister sur l'éducation musicale reçue par Chopin, essentiellement allemande, selon lui. Gustav Abb, quant à lui, manifeste des préoccupations plus pragmatiques et se contente de justifier la création de cette collection en invoquant la mission de conservation de sa bibliothèque, en lien direct avec le patrimoine polonais.
Chopin est interprété sur le piano Pleyel par la pianiste Ludmilla Berkwic (1910-2005), devant un public essentiellement composé de dignitaires nazis. C'est Hans Frank en personne qui a insisté pour que Ludmilla Berkwic, dont il estime le talent, soit la seule, ce jour-là, à jouer Chopin. Enthousiasmé par sa prestation, Hans Frank la félicite et lui offre des fleurs. Aucun polonais n'a été convié à l'évènement et les employés de la Bibliothèque ont été enfermés à clef par la Gestapo. Or Ludmilla Berkwic est d'origine juive, ce qui lui vaut d'être dénoncée suite à sa prestation. Elle parviendra néanmoins à quitter la Pologne, après que des médecins nazis aient vainement tenté de déterminer sa judaïté...
Un reportage des actualités cinématographiques du Gouvernement Général allemand de Pologne est consacré à cette inauguration. On peut le visionner sur le site consacré à Ludmilla Berkwic. On y voit l'artiste interpréter Chopin sur le piano Pleyel, ainsi que la collection d'Édouard Ganche, dont le nom est mentionné dans le commentaire. Les images ci-dessous son tirées de ce reportage conservé au Centre National des Archives Cinématographiques de Varsovie.


Ci-dessus, à gauche: Les invités de l'inauguration de l'exposition permanente consacrée à Chopin. WFDiF.

Au milieu: La collection. Au premier plan, le piano Pleyel joué par Chopin en Écosse. Au fond, la vitrine d'Édouard Ganche. WFDiF.


À droite:
Ludmila Berkwic interprétant Chopin. WFDiF.




Ci-dessus: La collection à Cracovie, dans l'un des salons de la Bibliothèque Jagellone, début 1944.


Quelques mois plus tard, au printemps 1944, le front de l'Est se rapproche de Cracovie. Une partie des fonds de la Bibliothèque Jagellonne est expédiée à Adelin en Silésie, où se trouve la propriété des comtes von Pfeil. C'est le cas de la collection Chopin, à l'exception du piano de Chopin, trop difficile à transporte dans les conditions précaires qu'impose la situation.
En 1945, la collection Chopin est ramenée à Cracovie, non sans quelques pertes: de la carafe en verre rose de Bohême ayant appartenu à Chopin (voir ci-dessus), il ne reste par exemple que le bouchon. Les manuscrits et les imprimés retournent à la Bibliothèque Jagellonne, tandis que tableaux et sculptures, ainsi que le piano, vont désormais être conservés par le Musée de l’Université Jagellonne.
En 2011, le piano Pleyel a été retrouvé, en assez mauvais état, dans les réserves du musée: un autre piano, assez semblable, était depuis longtemps exposé à sa place. Sa restauration est en cours.
Notes :
1. Lettre
à Alfred de Chlapowski, Ambassadeur de Pologne en France, 6, 7, ou 8 avril 1935.
2. Libraire Musicale Legouix, 4 rue Chauveau-Lagarde, Paris 8e (Place de la Madeleine). Cet établissement avait été fondé par Onésime Legouix (1809-1867), grand-père de Robert Legouix et frère du compositeur Isidore-Edouard Legouix (), dans les années 1830.
3. Édouard Ganche ne précise pas s'il a contacté Robert Legouix au préalable, ou si Robert Legouix s'est présenté spontanément après avoir entendu parler du désir d'Édouard Ganche de vendre sa collection.
4. Ancien avocat de Hitler, pianiste, amateur d'art, Hans Frank, le tristement célèbre Boucher de Cracovie, ardent partisan de la Solution finale, sera pendu à Nuremberg en 1946.
Références :
Frédéric Chopin, Œuvres pour piano, Fac-similé de l'exemplaire de Jane W. Stirling avec annotations et corrections de l'auteur (Ancienne collection Édouard Ganche), Bibliothèque nationale, 1982.
Andrzej Mężyński, Wissenschaftliche Bibliotheken im Generalgouvernement in den Jahren 1939-1945, LTW, 2003. ISBN 9788388736353.
Andrzej Mężyński, «Les collections du musée Frédéric Chopin de Lyon acquises par le Generalgouvernement de Pologne en 1942. Une surprenante transaction.» Communication lors du colloque Livres et bibliothèques scientifiques dans les territoires occupés et annexés par l'Allemagne nationale-socialiste, Maison Interuniversitaire des Sciences de l'Homme d'Alsace (MISHA) Institut universitaire de France Université Marc Bloch-Strasbourg II, vendredi 21 novembre 2008, 17h-17h30. Article à paraître dans les actes du colloque.
Jean-Michel Nectoux et Jean-Jacques Eigeldinger, «Édouard Ganche et sa collection Chopin», Revue de la Bibliothèque Nationale n°7, mars 1983, p.10-26. ISSN 0249-7344.
Marek Sroka, «The University of Cracow Library under Nazi Occupation: 1939–1945», Libraries & Culture, Volume 34, No. 1 (Hiver 1999).
Fonds Édouard Ganche, Bibliothèque nationale de France, Département Musique: Affaire Legouix, c
ote Vma. 4334 (5); Catalogue de la collection Chopin d'Édouard Ganche et documents concernant la provenance de certaines pièces, cote Vma. 4334 (4).

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© 2017 Philippe Gindre